Le message

« Je suis venu dans ce magnifique temple ce soir parce que ma conscience ne me laisse pas d’autre choix. […] « Vient un temps où le silence est trahison. » Et ce temps est venu pour nous […].

La vérité de ces paroles ne fait aucun doute mais la mission à laquelle elles nous convient est des plus difficiles. Même lorsqu’ils sont poussés par les exigences de la vérité intérieure, les hommes n’assument pas facilement la tâche de s’opposer aux politiques de leur gouvernement, surtout en temps de guerre. […] Qui plus est, quand les enjeux semblent complexes comme c’est souvent le cas dans cet horrible conflit, nous risquons toujours d’être paralysés par l’incertitude ; mais nous devons poursuivre.

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En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejetés et désespérés, je leur ai dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l’action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam ? Ils demandaient si notre pays n’utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j’ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd’hui – mon propre gouvernement. Pour l’amour de ces garçons, pour l’amour de ce gouvernement, pour l’amour des centaines de milliers de personnes qui tremblent sous la violence, je ne saurai garder le silence.

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Maintenant, il doit être absolument clair que quiconque se préoccupant de l’intégrité et de la vie de l’Amérique aujourd’hui ne peut ignorer la présente guerre. […] L’âme de l’Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde.

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Cette folie doit cesser. Nous devons y mettre un terme. […] La grande initiative de cette guerre est la nôtre. L’initiative de l’arrêter doit aussi nous appartenir. […] Le monde exige désormais une maturité de l’Amérique qu’on ne pourra peut-être pas atteindre.

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Les paroles de John F. Kennedy reviennent nous hanter : « Ceux qui rendent la révolution pacifique impossible rendront la révolution violente inévitable. » […] Lorsque les machines et les ordinateurs, le profit et les droits de propriété, sont considérés comme étant plus importants que les personnes, les triplets géants que sont le racisme, le matérialisme extrême et le militarisme sont impossibles à vaincre.

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Cette façon de régler les différends n’est pas juste. Cette guerre qui brûle des êtres humains au napalm, qui remplit nos maisons d’orphelins et de veuves, qui injecte le poison de la haine dans les veines de personnes normalement humaines, qui ramène des hommes des champs de bataille sanglants physiquement handicapés et psychologiquement troublés, ne peut être réconciliée avec la sagesse, la justice et l’amour. Une nation qui continue année après année à dépenser plus d’argent pour la défense militaire que pour les programmes de mieux-être social marche vers la mort spirituelle.

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Notre seul espoir aujourd’hui est notre habilité à reconquérir l’esprit révolutionnaire et à déclarer dans un monde parfois hostile notre hostilité éternelle à la pauvreté, au racisme et au militarisme. Forts de ce profond engagement, nous oserons contester le statu-quo et les mœurs injustes. »

Martin Luther King
Eglise de Riverside
4 avril 1967, New York
Extraits (Français) – Texte intégral (Anglais)