LIBERTAD Y ORDEN
Prologue

L’Épidémie de Yù a fait plusieurs centaines de milliers de morts incluant la Présidente des Etats-Unis, la première femme à la tête du gouvernement dans toute l’histoire du pays. Le Gouverneur de l’Illinois, DeSean Lewis, a pris l’intérim pour réguler tout le conflit qui assombrissait le pays tout entier, de ce qu’il restait de San Francisco après le tremblement de terre qui l’avait en partie détruite trois ans plus tôt, à une New-York fatiguée par l’effondrement économique. Celle-ci, principalement rurale, en avait énormément pâti et en l’espace de six ans, des milliers d’agriculteurs ont dû mettre la clé sous la porte. Yù avait ravagé le nord du pays et anéanti de nombreux bétails qui ont fini abattus puis brûlés. Des militants extrémistes, survivants de l’Épidémie, ont tenté d’empêcher ces abattoirs, réclamant le sauvetage de très nombreux animaux, mais le gouvernement a décidé de tout incinérer. Il ne devait plus rien rester. Jusqu’à ce qu’ils comprennent que les vaches à trois têtes qui venaient au monde n’étaient pas les seules à connaître peines et douleurs.

Dans les six premiers mois qui ont suivi les attaques, on a parlé d’anomalies, mais le terme de « mutation » n’est arrivé que lorsque les nouveau-nés ont commencé à survivre. Sont alors apparus des loups-garous, des sortes de femmes-chats, des monstres, des erreurs de la nature. Le gouvernement a employé les termes de « mutants » ou de « dégénérés » et il avait bien raison, mais nous étions tellement plus que ça. Beaucoup de ces « erreurs » n’ont jamais atteint leur premier anniversaire, d’autres ont survécu en vivant reclus, abandonnés ou entassés dans des squats, camouflés par des foulards.

Des croyants y ont vu comme une épidémie de peste, un signe du Seigneur apportant l’apocalypse sur le monde. Les militaires y ont vu une troisième guerre mondiale et s’attendaient à ce que l’Europe riposte en aide comme les États-Unis l’avaient fait le siècle précédent, en vain. Mais malgré une tentative ratée de Lewis pour contre-attaquer la Chine ennemie, le pays a commencé à s’enfoncer dans l’hérésie et la dépression. Une dépression qui n’a cessé de grandir et de croître sans jamais se relâcher. Avant, on parlait de racisme, de discrimination ou d’intolérance, après l’Épidémie, on a donné une nouvelle définition à la dératisation.

Alors que Lewis en venait à son bilan des six mois, il a fait paraître une carte de la population selon les différents recensements des principales villes des États-Unis. 64% du pays a été touché par l’Épidémie. Des villes entières, principalement dans le nord, ont été déclarées sinistrées, sans aucun survivant. Le bilan du Canada n’était pas beaucoup plus glorieux alors, avec les États-Unis, ils se sont cherché des alliés, militaires, sociaux, économiques… Certains pays ont ri, jugeant que la grande Amérique n’avait que ce qu’elle méritait et ils en ont profité pour récupérer du terrain sur de nombreux marchés.

Les premiers changements significatifs ont été opérés à la fin 2027. DeSean Lewis s’est donné autorité sur le pays en récitant le serment de la Présidence et Chicago est naturellement devenue la nouvelle capitale des États-Unis d’Amérique. Une annonce qui en a fait grimacer plus d’un, mais qui s’est avérée salvatrice pour la reconstruction d’une société affaiblie, démoralisée et totalement perdue. Ils avaient besoin d’un guide et Lewis leur a montré le chemin. Je me demande ce que notre monde serait devenu si un autre homme avait pris les choses en main. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que ça n’aurait pas été mieux. Bien sûr, tout n’était pas rose bonbon et on ne tirait pas le sucre du robinet d’eau courante, mais les choses auraient pu être tellement pires. La plupart des gens ont peur de l’inconnu. À plus forte raison lorsque cet inconnu est constitué de… pouvoirs magiques, si vous voyez ce que je veux dire. Militairement et politiquement parlant, disons que Lewis a fait de son mieux. Pour le reste, on s’est débrouillés.

En attendant que le monde s’apaise et que la surface se lisse, on a tout fait pour survivre.